
En France, le film historique a longtemps rimé avec costumes impeccables et dialogues solennels. Ces trois-là cassent le moule. Ils racontent des pages sombres du pays avec une colère, une ruse ou une obsession qui les rendent impossibles à oublier.
Novembre 1918, derniers jours de guerre. Deux soldats survivent aux tranchées, mais l'un d'eux, défiguré par un obus, refuse de rentrer chez lui sous son vrai visage. Avec son compagnon d'infortune, un comptable timide et endetté, il monte une arnaque monumentale aux monuments aux morts. Une escroquerie qui vise l'État, les anciens combattants et toute la bonne conscience d'un pays pressé de tourner la page.
Albert Dupontel réalise et joue dans ce film adapté du roman de Pierre Lemaitre, Prix Goncourt 2013. Il construit un univers visuel entre conte cruel et satire, où les masques que porte le personnage de Nahuel Pérez Biscayart deviennent de vraies œuvres d'art à l'écran. Le film a remporté cinq César en 2018, dont celui des meilleurs décors et costumes.

En 1917, un père et son fils sont enrôlés de force au Sénégal pour aller combattre en France. Le père, Bakary, n'a qu'une idée en tête : ramener son fils vivant. Mais Thierno, lui, découvre un monde nouveau et commence à s'éloigner. Entre les obus et la hiérarchie militaire française, la vraie guerre de Bakary se joue contre tout ce qui lui prend son enfant.
Omar Sy tient ici son rôle le plus sobre. Pas de sourire, pas de charme. Mathieu Vadepied, le réalisateur, a choisi de filmer les tranchées dans une boue épaisse, presque sans lumière naturelle, pour coller au point de vue de soldats qui ne comprenaient souvent ni la langue ni les ordres qu'on leur donnait.

Le colonel Picquart vient de prendre la tête du service de renseignement militaire français. En épluchant les dossiers, il tombe sur une évidence que tout le monde préfère ignorer : Alfred Dreyfus, condamné pour espionnage et envoyé au bagne, est innocent. Picquart décide de remonter le fil. Face à lui, toute l'armée, une partie de la classe politique et une opinion publique qui ne veut rien entendre.
Roman Polanski filme l'affaire Dreyfus comme un thriller d'espionnage froid et méthodique. Jean Dujardin, dans le rôle de Picquart, avance à visage fermé, sans éclats, en accumulant les preuves dans des bureaux sombres et des couloirs étroits. Le film a reçu le Grand Prix du Jury à la Mostra de Venise en 2019.

Trois films, trois guerres différentes contre le mensonge, l'oubli et l'injustice. Si vous cherchez du cinéma français qui ne ronronne pas, commencez par ceux-là.